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En entreprise, la "paternité est dissuadée, la maternité sanctionnée"



L'organisation de la 1ère journée Maman travaille aura requis "un an de travail", a souligné Marlène Schiappa, à l'origine de l'événement, dès son allocution d'accueil ce jeudi 9 février. Et la journée a fait le plein, malgré sa programmation en pleine semaine. Seul bémol, souligné par les participantes, le manque d'interaction avec le public.



C'est Blandine Métayer qui, en fanfare, a donné le ton et lancé la journée. L'extrait de son spectacle "Je suis au top !" a tour à tour amenée l'assistance à rire, s'émouvoir ou s'indigner. L'actrice a interrogé des dizaines de femmes en entreprises pour écrire son one woman show, qu'elle joue actuellement au Théâtre de Dix Heures.

La "plafond de mère"

En entreprise, la "paternité est dissuadée, la maternité sanctionnée"
Manque de disponibilité, culpabilité, réseaux parallèles inaccessibles sont autant de frein pénalisant les mères travaillant en entreprise. Les chiffres sont "imparables" a d'emblée souligné Brigitte Grésy, inspectrice générale des affaires sociales et auteure du "Petit traité contre le sexisme ordinaire" : 40% des mères et 6% des pères modifient leur trajectoire professionnelle à la naissance d'un enfant. "La femme est un agent à risque" en entreprise, a-t-elle ajouté, tandis que Yves Gunder, médecin du travail et spécialiste du stress approuvait : "Les mères sont vues comme des variables d'ajustement, à qui on impose des horaires, des temps partiels, des coupures longues, le tout entrainant des tensions et un pouvoir d'achat en baisse". C'est ainsi que se pose la question de leur arrêt de travail, les femmes étant plus en quête de sens que d'immédiateté.

Brigitte Grésy elle, ne veut pas rester sur un "tableau noir" de la situation. Et de préciser que, tout de même, qu'en 20 ans, le nombre de cadres femmes a augmenté de 136% contre 39% chez les hommes. Et le suicide masculin est important.

Les études le montrent : plus l'homme est engagé précocement dans la paternité, plus ils le sont toute la vie. Ce qu'il y a à travailler, à négocier, c'est la "parité parentale". Car si la "paternité est dissuadée, la maternité est sanctionnée" en entreprise, a joliment résumé Brigitte Grésy, ajoutant : "Il faut aussi que les femmes organisent leur incompétence ménagère" pour mettre fin à ce stéréotype qui veut que la mère sait et que le père apprend. Une expression qui aura séduit la salle. Brigitte Grésy les enchaine, fustigeant les mères qui se sentent toujours "usurpatrices de la sphère publique et démissionnaires de la sphère privée".

Mais l'inspectrice des affaires sociales est optimiste. "Il n'y a jamais eu autant de débats, de mobilisation des réseaux féminins, et de relais dans les médias".

Les activités professionnelles alternatives

En entreprise, la "paternité est dissuadée, la maternité sanctionnée"
Il est souvent tentant pour les mères de télétravailler, prendre un temps partiel, un 4/5ème, voire créer sa propre entreprise. Sur 7% de télétravailleurs, 43% sont des femmes. La majorité étant composée de cadres en mouvement. Pour Nora Esnault, fondatrice du Prix de l'Entrepreneuse, le télétravail nécessite une grande rigueur et une organisation efficace, la frontière n'existant pas physiquement entre le lieu de travail et la sphère privée.

La création d'entreprise, elle, a déjà tenté près de 600 mamans en France, réunies au sein de l'association des Mompreneurs françaises. Céline Fénié, qui en est la présidente, a estimé que si les premières années sont les plus difficiles, celles qui arrivent à percer ne sont réellement stables qu'au bout de deux à trois années de travail acharné. Si en France 30% de femmes se lancent dans la création d'entreprise, seulement 10% en arrivent au stade du développement avec 10 ou 15 salariés, a cependant tempéré Sandra Le Grand, CEO du groupe Kalidéa et auteure de "Entreprendre un peu, beaucoup, passionnément". La solution ? L'OR-GA-NI-SA-TION ! Déléguer aussi, et avoir un réseau important pour aller plus vite. Les réseaux de femmes permettent en effet de capitaliser sur les expériences des uns et des autres, a ajouté Céline Fénié.

"Dégenrer" les politiques de parentalité ?

En entreprise, la "paternité est dissuadée, la maternité sanctionnée"
Concilier ou articuler les différents temps de vie ? Dans les entreprises, c'est la problématique du temps qui est la plus importante à solutionner pour permettre aux salariés, hommes ou femmes, de s'épanouir dans leurs différentes sphères dans lesquelles ils évoluent. "Hommes et femmes souffrent du temps pas accordé aux enfants et considèrent que les meilleurs moments de la semaine sont ceux passés avec leurs familles et enfants", a ainsi souligné Barbara Nativel, sociologue et business coach. Pourtant en France, plus on est présent en entreprise plus on est considéré comme quelqu'un qui travaille. Un état de fait qui pénalise les femmes, celles-ci étant contraintes de partir plus tôt pour récupérer leurs enfants.

Pour Christine Castelain-Meunier, sociologue au CNRS et à l'EHESS et spécialiste des questions de genre, "les générations masculines sont en recherche d'identité, de hiérarchie de valeurs". Les hommes, quand ils deviennent pères, veulent aussi "réfléchir à leur paternité", et le "mouvement du masculin est en place, même s'il est balbutiant".

Justement, Benjamin Buhot lui, a choisi d'être père au foyer. Il tient également un blog (www.tillthecat.com). Si les hommes le complimentent pour ce choix, ils ne se verraient pas pour autant faire le même choix de vie. Un choix qui lui a pourtant ouvert d'autres portes. Grâce à son blog, d'autres voies professionnelles se sont ouvertes, et Benjamin Buhot est en voie de reconversion, rédigeant diverses chroniques.

Les politiques de conciliation qui fonctionnent

En entreprise, la "paternité est dissuadée, la maternité sanctionnée"
En France, l'Observatoire de la parentalité en entreprise (OPE) a été créé fin 2008. Depuis, une charte de la parentalité en entreprise a été rédigée, visant à "faire évoluer les représentations liées à la parentalité en entreprise", à "créer un environnement favorable aux salariés-parents", et à faire "respecter le principe de non discrimination dans l'évolution professionnelle des salariés-parents". Pour Jérôme Ballarin, président de l'OPE, "l'homme est l'avenir professionnel de la femme".

Karen Demaison a quand à elle fondé le cabinet Critères de Choix, proposant de "l'accompagnement dans l'articulation des différents temps de vie". Elle a par ailleurs rapporté l'expérience de cette chaîne d'hôtels norvégienne employant beaucoup de pères divorcés ayant la garde alternée de leurs enfants. Les enfants vivant avec eux deux semaines par mois, l'hôtel a organisé leurs temps de travail de manière à ce que pendant les semaines où ils ont leurs enfants ils travaillent moins.

Autre innovation en la matière, rapportée cette fois-ci par Anne-Cécile Sarfati, rédactrice en chef adjointe de Elle et auteure de "Etre femme au travail", celle de l'une entreprise française, Maviflex, dirigée par une femme. Cette dernière a institué "l'individualisation des contrats". Chaque année en septembre, elle convoque ses salariés pour que ceux-ci lui présentent leurs contraintes pour l'année à venir, afin de s'organiser en conséquence. Elle a par ailleurs fait savoir que tout présence au sein de l'entreprise après 18 heures ne serait pas récompensée.

Les problématiques liées à la parentalité en entreprise sont apparues depuis peu en France. Si elles ont pu émerger, c'est que les femmes se sont constituées en réseaux, ont exprimé leurs souffrances, ont aussi innové en terme d'entrepreneuriat. Désormais les hommes aussi réfléchissent au sens à donner à leur paternité. De la non confrontation des genres devraient naître des initiatives permettant de concilier les différents temps de vie des hommes et des femmes. Une étude canadienne veut que la parité domestique rendrait les couples plus heureux. D'ailleurs, le nombre de divorce au Canada est en baisse. A méditer.


Assmaâ Rakho-Mom
Jeudi 9 Février 2012





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